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CONAKRY : problématique de la gestion des déchets entre l’incapacité des autorités et l’incivisme des citoyens

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L’image d’une ville sous les ordures et ses populations chassées voire tuées par les déchets exige de chacun de nous une contribution tant soit peu dans la mesure de nos possibilités. Ayant une expérience dans la gestion des déchets pour avoir été un des coordinateurs d’une étude en 2015, ma conscience de citoyen, mes obligations sociales et mon éthique intellectuelle m’obligent à apporter ma part de réflexion à celles qui existent déjà tout en espérant qu’elle soit prise en compte par les âmes autorisées.

En effet, pour se faire une idée de la masse de déchets produits à Conakry, selon le rapport de PDU3 la production journalière par personne à Conakry est estimée à 500g. A l’échelle d’une estimation de la population actuelle de Conakry et environs à 3 millions d’habitants cela donne une quantité 1500 tonnes de déchets par jour (1.500.000kg).

Selon la Banque mondiale environ 60% des déchets sont organiques, 4% sont des plastiques, au moins 25% sont des déchets sans qualification. (Développement Séries n°15, Washington, Banque mondiale, mars 2012, p.90). Il faut préciser aussi que les marché, les gares routières, les services, les entreprises, etc. produisent leurs propres déchets qui est difficile à estimer mais les ménages sont les principaux pourvoyeurs. Dans le cas de Coyah leur production représenté 78%.

Par ailleurs, la gestion des déchets demeure un problème général à l’échelle du continent, notamment en Afrique Subsaharienne. Peu sont des capitales qui ont réussi à se débarrasser de leurs ordures. On peut citer en Afrique de l’Ouest Accra, capitale de Ghana qui est un en est un modèle. En Afrique Centrale Kigali se positionne d’ailleurs comme la ville la plus propre du Continent. Pour la grande majorité, les ordures demeurent une préoccupation majeure des services déconcentrés et décentralisés même si le secteur engloutit une bonne partie des recettes des collectivités.

Le cas de Conakry est accentué par son ampleur et les conséquences qui vont avec : inondations, pertes en vies humaines, blocage systématique des voiries suite à forte précipitation sans oublier les maladies hydriques qui refont surface à Conakry à chaque saison hivernale. Cela fait deux ans de suite que les images honteuses et gênantes des victimes de déchets à Conakry font le tour des médias nationaux et internationaux.

En Guinée on est encore loin du recyclage des déchets à 100% et la solution pour le moment c’est d’évacuer les déchets vers les décharges en passant par les points de collecte. Le problème réside au niveau de la rentabilité. Si vous souvenez à un moment donné la Guinée avait signé un accord avec une société française SATAREN qui a finalement abandonné puisque selon nos informations le coût par tonne de déchets était plus élevé que ce qu’on pouvait trouver dans la sous-région à cause de la mauvaise qualité de nos déchets.

Nous avons pu rencontrer deux sociétés qui recyclent les déchets en Guinée plastiques (PLASKIM et SODIAPAST) à Sanoyah qui achètent jusqu’à 2500 à 3000 Gnf le kilo selon certains critères. Mais vu la qualité des plastiques produits, Plaskim par exemple préfère importer la majeure partie de sa matière première de la Sierra Leonne. Les 60% des déchets organiques potentiellement valorisables notamment pour les cultures maraîchères sont aussi difficiles à recycler vu que tout est mélangé et le coût de production par tonne va être élevé au point que les engrais industriels seront préférés par les maraîchers.

Par conséquent, la gestion des déchets est beaucoup plus compliquée et délicate qu’elle ne s’apparente. Dans cette mauvaise gestion bien que l’Etat ou les élus soient constamment épinglés comme responsables, il faudrait relever aussi que le comportement citoyen est une réelle entrave. Aucune politique de gestion des déchets ne peut aboutir sans une préalable éducation citoyenne.

Dans les comportements on a l’impression que le guinéen n’est pas gêné par les déchets ; il ne l’évacue pas ses déchets mais s’en débarrasse. En réalité on veut être propre sans fournir d’efforts. Cela semble se confirmer par notre étude réalisée dans la C.U de Coyah dont les caractéristiques socio-démographiques des populations sont similaires à celles de Conakry .Selon cette étude réalisée en 2015:

26% jettent à une distance comprise entre 5 et 20 mètres ;

18% jettent à une distance comprise entre 20 et 50 mètres ;

17% des ménages enquêtés jettent leurs ordures à moins de 5 mètres du domicile ;

6% jettent à une distance comprise entre 50 et 100 mètres ;

5% jettent à une distance supérieure à 100 mètres.
Pire, même les personnes cultivées et ayant un niveau de responsabilité préfèrent jeter leurs canettes de boisson sur l’autoroute que de les garder pour une poubelle.

Cela veut dire que même s’il existe des points de pré-collectes peu de conakrykas sont prêts à faire plus 100 mètres pour évacuer leurs déchets. Les gens préfèrent jeter au plus près dans les dépotoirs sauvages que dans les centres de pré-collectes qui excitent dans les quartiers. Sinon rien ne justifie qu’on utilise l’autoroute pour jeter les ordures, ceci est une exclusivité guinéenne.

D’autres préfèrent habiter dans les lieux insalubres pour un loyer à bas prix, tel est le cas des personnes qui élisent domicile aux alentours des centres de stockage comme à Dar-es- Salam ou ailleurs. Ce qui fait que les déchets ne gênent plus certaines personnes jusqu’au moment où ils provoquent des dégâts. Sinon aucune personne tenant à sa santé et à la qualité de sa vie ne vivrait aux dépendances d’une décharge comme Dar-es-Salam ou au bord d’un canal d’évacuation comme les victimes des inondations de Dabondy.

L’étude montre aussi que des ménages n’utilisent pas de poubelles comme l’indiquent les chiffres :
65% Ménage jettent les ordures sur les terrains vagues ;
23% Ménage jettent les ordures dans les lits des rivières ;
7% Ménage jettent les ordures dans les lits les zones boisées.
Les poubelles si elles existent sont de fortune qui ne peuvent contenir la totalité des déchets produits par le ménages. Peu de ménages prévoient dans leur budget l’achat des poubelles appropriées.

EN TERME DE PRÉCONISATIONS

A court terme :

En attendant la mise en place d’une industrie de la gestion des déchets, il existe bel et bien des possibilités d’évacuer des déchets mais qui nécessite des moyens conséquents et une gestion rigoureuse des ressources allouées à cet effet. Il suffit une bonne organisation de la logistique en fonction de la cartographie des déchets et selon la densité de la population à travers la région de Conakry. Pour évacuer les 1500 tonnes produites quotidiennement il suffit de mobiliser 75 camions de 20 tonnes et autant de tractopelles pour le rechargement.

Vu l’encombrement de la ville de Conakry et pour faire face aux déchets produits par d’autres foyers tels les marchés, les gares routières, les services etc., il faudrait multiplier ce nombre par 3; ce qui fait 225 camions qui à mon avis n’est pas hors de portée d’un Etat si on tient compte des enjeux de l’insalubrité qui implique le problème de santé publique. Bien entendu, derrière il faut des milliers d’éboueurs et de rabatteurs pour faciliter la collecte et l’acheminement des déchets vers les points de pré-collectes où les déchets seront récupérés par les camions qui les achemineront vers les décharges hors de Conakry.

A lire aussi http://investigatorguinee.com/sory-camara-president-de-fegedeg-il-ya-plusieurs-dechets-quon-peut-valoriser-notamment-les-plastiques-les-dechets-de-btp-les-dechets-des-hopitaux-les-papiers/

Pour assurer le fonctionnement du personnel et la logistique on peut imposer un système de facturation des ménages en fonction de leur taille. En Guinée la taille moyenne des ménages est de 6,5 personnes selon la direction nationale des statiques. Avec une population estimée à 3 millions d’habitants Conakry compte 461 538 ménages. Si chaque ménage payait 15.000 GNF par mois on aura une bagatelle 4 615 380 000 (quatre milliards six cent quinze millions trois cent quatre vingt mille francs guinéens) mensuelle. En plus de la subvention des pouvoirs publics, de quoi largement suffisant pour assurer les charges salariales, le carburant, et achats de matériels si on met en place une gestion rigoureuse.

A moyen terme :

Il faut entamer un vaste programme de désenclavement des secteurs qui sont anarchiquement occupés et qui empêche tout accès des éboueurs avec leurs charrettes pour ramasser les déchets. En même temps identifier les points de pré-collectes en tenant compte de la densité de la population qui est liée à la production des déchets. Un travail de cartographie pourrait faciliter cette tâche et permettra de disposer un outil efficace de répartition de la logistique et des efforts humains.

L’enclavement est l’une des causes majeures des incivilités des ménages et des individus à jeter les ordures dans les caniveaux et les lits de rivières les plus proches. Il se trouve par endroit que les points de pré-collectes sont si éloignés et les accès aussi obstrués par les constructions anarchiques. Cette étape sera suivie d’un vaste programme de sensibilisation des ménages, de distribution des différentes poubelles et surtout éduquer les populations à approprier le tri des déchets qui est préalable à toute initiative de valorisation.

A long terme : nous estimons qu’ il y a deux choses à faire :

Structurer une véritable filière autour de la gestion des déchets dans une logique de recyclage industriel. Ceci doit s’étendre de la collecte, transport, stockage jusqu’à la transformation pour des fins commerciales. Cette option nécessite une véritable préparation à la base et une éducation citoyenne pour une meilleure production des déchets basé sur le tri.

L’idée est de faire en sorte que les déchets soient séparés à la base et versés dans les poubelles différentes selon leur nature (plastique, papier, organique…). Cette option de valorisation des déchets pourrait créer des milliers d’emplois et pourrait générer des revenus importants pour tous les acteurs de la filière d’autant plus que plus de 60 % des déchets sont valorisables. Les débouchés existent dans le secteur agricole et dans les ménages.

Introduire la gestion des déchets dans le programme d’enseignement à l’école primaire pour développer une véritable culture de propreté au niveau de la société à travers l’école. Les enfants apprendront par exemple comment séparer les déchets, quel type de déchets est destiné pour quelle poubelle. Cela demande un engineering pédagogique qui ne doit pas être difficile à mettre en place en Guinée et ça n’impactera pas significativement les programmes d’études puisque que c’est peut être 1 ou 2 heures par semaine et par classe. En tout cas c’est le seul moyen efficace pour changer les mentalités puisque c’est là le problème en Guinée.

Toutes ces mesures n’aboutiront à rien aussi longtemps qu’on continuera à politiser la gestion des déchets. Il faut développer une approche de partenariat public-privé car aucun des deux ne peut à lui seul. La gestion devrait être confiée aux personnes qui en ont une expertise en la matière et non à des politiques dont l’obsession est de s’enrichir.

On doit doter l’agence nationale de l’assainissement des cadres compétents sur appel à candidature en se référant au monde professionnel et universitaire où ces compétences ne manquent pas du tout. Mais malheureusement l’exaltation de la médiocrité et la promotion de l’incompétence auront encore raison du mérite et de la qualification dans notre pays.

Je conclus en maintenant que la gestion des déchets est certes une question de moyens mais beaucoup plus une question de comportement. La prise de conscience des uns et des autres à commencer à se sentir responsable de la salubrité du ménage et du lieu public est indispensable à une gestion efficiente des déchets. Aucune politique de gestion des déchets ne peut aboutir sans réelle éducation citoyenne. Malheureusement tel n’est pas le cas en Guinée.

Moustapha Kallo, enseignant chercheur

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